Un certain "oiseau des îles" -

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le 2 Décembre 2003

MES SOUVENIRS SUR « L’OISEAU DES ILES » 1953/1957

par Jean PERRIN                                
Ingénieur Matériel à Makatéa, de septembre 1953 à décembre 1957

« L’Oiseau des Iles » était le bateau de la Compagnie Française des Phosphates de l’Océanie, qui exploitait le phosphate de l’île de Makatéa, dans les Tuamotou, à environ 120 miles au nord-est de Papeete. Il avait été commandé par la Compagnie, en 1935, aux Chantiers Dubigeon, en France.

C’était un véritable trois mâts, le dernier construit en France. Il était équipé d’un moteur auxiliaire Sulzer 5 cylindres. (La Compagnie était fidèle à Sulzer qui avait fourni, depuis 1895, tous les moteurs diesels de la Centrale électrique de Makatéa). Ce moteur a toujours été considéré comme pas assez puissant. Les mauvaises langues de l’île disaient que les administrateurs de la Compagnie, à Paris, avaient commandé le bateau sans moteur puisqu’on avait les alizés, que Makatéa avait expliqué que les alizés ne soufflaient que dans un sens, et que le moteur aurait été rajouté après coup. (peu d’administrateurs, à l’époque, connaissaient Makatéa, puisque le voyage AR demandait trois mois)

Le bateau était utilisé pour effectuer, en général une fois par semaine, les liaisons avec Papeete, afin d’assurer le transport des personnes, mais surtout des matériaux nécessaires pour l’exploitation industrielle de l’île : fers, bois, ciments, machines, produits divers électriques, mécaniques, etc, …ainsi que tous les produits alimentaires, puisque pratiquement rien ne poussait dans l’île. Il apportait aussi le courrier, et sa venue était chaque fois une fête.

Il y avait quelques cabines, à l’arrière du bateau, pour les personnalités et les cadres de la Compagnie; les autres passagers, voyageaient sur le pont, au milieu des régimes de bananes, des cochons et des balluchons faits de paréos noués en quatre.

Il fallait une vingtaine d’heure pour le trajet; le bateau partait dans l’après midi pour arriver le lendemain matin à l’heure de prise du travail. Les voiles n’étaient hissées que lorsque les conditions étaient favorables.

Le bateau avait été réquisitionné en Nouvelle Zélande, durant la guerre.

Ses mâts avaient été termités, et ils avaient été raccourcis, ce qui donnait au bateau un air ramassé et pas très glorieux. En plus, du fait de ces mâts courts, lorsque le bateau gîtait, le mouvement de rappel était rapide et inconfortable. Notre atelier de ferblanterie de l’île savait très bien fabriquer des récipients, analogues à des moules à cake, qu’on accrochait au rebord des couchettes pour pouvoir vomir facilement. Pendant que les cafards circulaient à l’aise dans la cabine et aussi sur les couchettes.

C’est Monsieur Argot qui commandait le bateau à l’époque.

A Papeete, les phosphates avaient un quai à proximité de leurs entrepôts.
Makatéa, par contre est une rade foraine, c’est à dire ouverte aux vents et aux vagues du large, la plus grande du monde, paraît il. L’« Oiseau » s’amarrait à une bouée, à une centaine de mètres du récif (frangeant), devant le bassin de Témao, creusé dans le récif, et équipé de matériels de déchargement.

Les passagers et les matériaux étaient chargés dans des chaloupes tirées par des vedettes jusque dans le bassin. Quelquefois, il fallait toute l’habileté des marins tahitiens pour faire entrer les chaloupes dans la passe conduisant au bassin, au bon moment, la septième vague, disait on.

Il paraît que les vedettes entièrement construites dans l’île, les chaloupes aussi d’ailleurs, étaient inspirées du bateau d’Alain Gerbaut, qui était resté un certain temps à Makatéa, avant la guerre bien sûr.

L’« Oiseau » servait aussi pour les campagnes de recrutement du personnel d’exploitation, dans les Iles de la Société ou les Iles Australes, mais aussi dans les Iles Cook et à Rarotonga en particulier. Je n’ai jamais assisté à une campagne de recrutement, mais il paraît que c’était typique : arrivée du bateau, descente à terre du recruteur qui faisait son numéro, signature des contrats et embarquement ; pendant que ceux qui avaient terminé leur contrat et revenaient, déchargeaient les tôles ondulées, les matériaux, les portes, les fenêtres, les postes de radio qu’ils avaient pu acquérir. (Monsieur Noël Frogier était un de ces recruteurs)

En 1953, après avoir jusqu’alors écrémé le phosphate qui était en surface, la Compagnie décidait de mécaniser l’exploitation afin de pouvoir extraire le minerai qui restait dans les trous du soubassement corallien : installation de groupes en courant alternatif à la Centrale, distribution dans l’intérieur de l’île en 5500V et achat des matériels nécessaires : engins de levage, convoyeurs, etc.

En même temps, et profitant du courant alternatif et de la possibilité d’utiliser du matériel standard, la Compagnie décidait l’installation d’une jetée d’embarquement avec un porte à faux de 100 mètres, permettant le chargement direct des navires par convoyeurs.
Jusqu’alors, le chargement s’effectuait en plusieurs jours, au moyen de paniers d’un mètre cube environ, remplis en avant du ressac grâce à une jetée surélevée, puis transportés dans les chaloupes et montés à bord un à un.

La nouvelle jetée d’embarquement permettait le chargement des phosphatiers en une trentaine d’heures, pour les plus gros d’entre eux. Mais, elle nécessitait la mise en place d’un système de bouées d’amarrage pour approcher et maintenir les phosphatiers, parallèlement au récif, à environ 70 mètres du bord. La mise en place et la vérification périodique obligatoire de ce très important système d’amarrage représentait une grosse charge et nécessitait des moyens.

 

La Compagnie décidait d’acquérir, en France, un nouveau bateau, genre chalutier, mais équipé de treuils et de guindeau permettant le relevage et le contrôle de tous les agrès. Ce bateau, pour des raisons politiques, fut appelé « L’Oiseau des Iles II ».

Et « L’Oiseau des Iles » premier fut vendu, en 1957 ou 58, pour promener des touristes au Mexique, disait on.

IL FAUT SAUVER L'OISEAU DES ILES

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© France II Renaissance  05 May 2007